Séminaire sur les maladies liées au travail (ETUI)

Le 25 janvier, une trentaine de chercheurs, de syndicalistes et de représentants d’associations ont participé à un séminaire organisé conjointement par l’ETUI, l’association belge Santé & Solidarité et l’Université libre de Bruxelles (ULB). L’événement, dont c’était la 2ème édition, visait à présenter des projets unissant chercheurs et travailleurs autour d’un objectif commun : rendre plus visible l’impact du travail sur la santé.

Au cours de la matinée, le médecin du travail Patrick Cadeddu Martin a présenté Sisvel, un système de surveillance épidémiologique développé dans la communauté autonome de Valence (est de l’Espagne). Ce système permet aux médecins généralistes, grâce à l’outil informatique, de communiquer des informations sur des cas de suspicion de maladie liée au travail. Depuis le lancement du projet, en 2010, le nombre de déclarations en maladie professionnelle a fortement augmenté dans la région de Valence.

L’épidémiologiste danoise Elsebeth Lynge (université de Copenhague) participe au projet Nocca, un registre des cancers qui regroupe des données de cinq pays nordiques (Suède, Danemark, Finlande, Norvège, Islande). Cette vaste banque de données a permis d’établir des associations entre certains cancers et certaines professions, comme une forme rare de cancer des voies biliaires parmi les ouvriers de l’imprimerie.

Le pneumologue Benoit Nemery (KULeuven) a identifié plusieurs cas de maladies pulmonaires graves provoquées par une exposition à des produits considérés comme inoffensifs, mais qui peuvent s’avérer particulièrement dangereux dans certaines circonstances. Il a notamment présenté le cas d’un jeune salarié d’une société de spectacle auquel on a diagnostiqué une fibrose pulmonaire interstitielle. Le professeur Nemery soupçonne que cette maladie, très rare chez les sujets jeunes, est due à l’utilisation lors de spectacles d’une machine fumigène vaporisant des huiles minérales.

Emmanuel Henry, professeur de sociologie à l’Université Paris Dauphine, a dénoncé le désintérêt des responsables publics pour les recherches dans le domaine de la santé au travail. Il en résulte un sous-financement de ce champ de la recherche scientifique et donc une quasi-absence de connaissances scientifiques, ce qu’il qualifie de « Undone Science ».

L’épidémiologiste française Émilie Counil et le géographe Benjamin Lysaniuk ont présenté les résultats d’un projet visant à retracer l’exposition professionnelle à des cancérogènes de personnes passées par les services d’oncologie de trois hôpitaux du département de Seine-Saint-Denis (nord et est de Paris). La doctorante en sociologie Laetitia Melon (ULB) a ensuite expliqué la démarche suivie lors d’une recherche-action menée avec le personnel d’institutions du secteur social confronté aux risques psychosociaux.

Pour conclure la journée, le syndicaliste belge Jean-Marie Léonard, aujourd’hui à la retraite, a invité les syndicats à enfin développer avec leurs délégués de base « une véritable stratégie de changement ». Il estime en effet impératif de faire du bien-être des travailleurs la priorité car la manière d’appréhender les enjeux de santé au travail repose encore trop souvent sur un argumentaire inspiré dans le monde patronal par un souci unique de profit au détriment de l’humanisation des conditions de travail.

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