Un accident de travail sur quatre causé par l’alcool

LUXEMBOURG – Lors de la présentation de l’ouvrage «L’alcool, les drogues et le travail», l’avocat Pierrot Schiltz dresse un constat sombre de la situation dans le pays.

Article de l’essentiel.lu du 18 décembre 2017

storybildDans certaines entreprises au Luxembourg, jusqu’à 15% des effectifs seraient concernés par la consommation d’alcool au travail. (photo: AFP)

«Le constat, c’est que les drogues et l’alcool au travail, cela existe, cela pose des problèmes notamment en termes de sécurité et de santé, à la fois à la personne concernée, mais aussi à autrui», expose sans ambages Romain Schmit, secrétaire général de la Fédération des artisans. La 2e édition de l’ouvrage «L’alcool, les drogues et le travail» a été présentée ce lundi par la fédération, qui veut fournir un outil aux salariés et chefs d’entreprises pour faire face.

Depuis 2008 et la parution de la première édition, «il y a de plus en plus d’accidents du travail, de plus en plus d’absentéisme et de plus en plus de licenciements qui trouvent leur fondement dans des consommations excessives d’alcool et de drogues», constate Me Pierrot Schiltz, avocat, auteur de l’ouvrage. Ce dernier recense notamment les jurisprudences prononcées dans les tribunaux sur le sujet des drogues et livre conseils et détails sur les tests de dépistage et les fouilles en entreprise.

Un sur 10 boit quotidiennement

Selon les données compilées par l’auteur, on estime que l’alcool serait en cause dans 25% des accidents de travail. Un licenciement sur six serait la conséquence d’une telle consommation. Les absences au travail seraient quatre fois plus fréquentes chez les travailleurs consommateurs d’alcool et de drogues. Dans certaines entreprises, jusqu’à 15% des effectifs seraient concernés par la consommation d’alcool au travail.

En milieu professionnel, 8,4% des salariés interrogés pour une étude de toxicomanie consommeraient des substances illicites. Autre constat, un salarié sur 10 au Luxembourg consommerait quotidiennement de l’alcool. Les raisons sont multiples, entre volonté d’améliorer sa performance, lutter contre le stress, ou encore pour suivre les habitudes de consommation dans l’entreprise et ne pas se sentir exclu.

Une loi pour interdire?

Pour autant, il reste encore des tolérances de la part des pouvoirs publics, selon Me Schiltz. Lui préconise une loi interdisant purement et simplement la consommation d’alcool et de drogues sur le lieu de travail, et de s’y présenter après en avoir consommé. «Le problème serait réglé une fois pour toutes et les acteurs du contrat de travail auraient la facilité de savoir à quoi s’en tenir», estime le juriste. Le ministre du Travail, Nicolas Schmit, présent lors de la conférence de presse, n’a pas indiqué vouloir légiférer dans ce sens.

Des conventions collectives sectorielles bannissent déjà la consommation de substances psychoactives et prévoient un licenciement avec effet immédiat pour faute grave. «On regrette que beaucoup de juges font fi, en pratique, des sanctions qui y sont mentionnées», observe Romain Schmit. Et Me Schiltz de conclure: «En dépit que ces conventions collectives sont déclarées d’ordre publique et applicables, les juges estiment que s’il y a consommation d’alcool, cela ne justifie pas un licenciement pour autant qu’elle reste un fait isolé non accompagné de fait perturbateur. Il faut qu’un accident ou un fait grave se produise au sein de l’entreprise pour que le juge reconnaisse qu’il y ait faute grave et un licenciement».

Romain Schmit, secrétaire général de la Fédération des artisans et Me Pierrot Schiltz, avocat, au micro de L’essentiel

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